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Á la découverte de la capoeira

Sommaire :

  • Introduction
  • La naissance de la capoeira
  • Pendant l'esclavage
  • La capoeira hors la loi
  • De nos jours

Introduction

Malgré le peu d'informations que l'on possède sur ses origines, tout le monde s'accorde à dire que la Capoeira est née sur le sol brésilien.
En effet, les esclaves africains exploités par les Portugais à l'époque de la découverte du Brésil seraient à l'origine de cette pratique. La capoeira afro-brésilienne est l'un des arts martiaux les moins courant au monde. Il s'agit de l'unique art martial encore pratiqué de nos jours qui ait été développé en Amérique.
Durant plus de 400 ans, cet art a continuellement évolué et changé de forme.
Au commencement, c'était une création des esclaves, synthèse de danses, luttes et rituels africains. Ensuite, elle a été grandement utilisée dans le milieu des criminels et des hors-la-loi.

De nos jours, la capoeira a été réhabilitée et se présente avec conviction comme l'une des valeurs culturelles du Brésil.
Comme l'art est accepté et pratiqué par une population de plus en plus importante, son évolution se poursuit à un rythme élevé.

Afin de voir ce qu'est la capoeira, son évolution, nous devons tout d'abord nous tourner vers le passé pour voir ce qu'elle a été...

 

La naissance de la capoeira

Les prémices de la Capoeira apparurent au XVIème siècle. Les colons portugais qui exploitent les richesses côtières de l'Amérique du Sud sur la "Terre de Santa Cruz" n'étaient pas satisfaits de la main d'oeuvre locale. Les indiens qu'ils exploitaient mourraient rapidement.

Ils firent alors venir des esclaves de leurs colonies d'Afrique. Arrachés du Mozambique, du Congo, d'Angola et d'Ouganda, beaucoup d'hommes moururent dans les bateaux qui les conduisaient en Amérique.
A l'arrivée, les négriers les livraient à des commerçants qui soignaient leur "marchandise" avant de la revendre à des grands propriétaires.

Ces derniers sont victimes de toutes les persécutions que l'on connaît. Il n'était bien sûr pas question pour les esclaves d'apprendre à se défendre.

C'est ainsi que les esclaves ont élaboré les bases de ce qui sera la Capoeira : un apprentissage du combat sous couvert d'une danse rituelle et musicale, leur offrant aussi une certaine valeur culturelle et morale. Les maîtres, eux, n'y voyaient qu'un amusement sans conséquence.

Afin de contrôler leurs esclaves, les asservisseurs portugais séparaient les individus d'une même famille et mélangeaient des individus de tribus différentes, pour prévenir d'éventuelles coalitions.

Ainsi, chaque groupe devint un pot-pourri de différentes cultures, coutumes et traditions. Incapables de se faire comprendre dans leur propre langage, les esclaves furent obligés de communiquer dans la langue de leurs oppresseurs, le portugais, comme ces derniers l'espéraient. Et pendant que ces pratiques avaient de désastreux effets sur la culture originelle des Africains, elles leur apportèrent d'inattendus bénéfices.

La Capoeira est donc le résultat de ce mélange des différentes cultures artistiques et religieuses africaines réunies de force sur la terre brésilienne. Ainsi, on y retrouve des traces des différents rituels de tribus d'Afrique. Les danses et les musiques rythmées de celles-ci, toutes les techniques de combat qu'ils pouvaient connaître ainsi que le plaisir de se rassembler pour partager avec les autres, se retrouvent dans la pratique de la Capoeira. Tout ceci mélangé constituait une base fertile pour la naissance de la capoeira...

 

Pendant l'esclavage

Parmi les esclaves se trouvaient des chefs habitués au respect qu'on pouvait leur vouer dans leur tribu. Bien que sévèrement handicapés par une terre qu'ils ne connaissaient pas, sans qu'il puissent communiquer avec leur frères, les esclaves continuèrent à espérer. Ils pensèrent alors à un moyen qui les aiderait à combattre leurs oppresseurs. Ainsi, ils s'enseignèrent mutuellement ce qu'ils connaissaient et développèrent une technique de guérilla.

Il semblerait qu'à l'origine, quand les esclaves pratiquaient la Capoeira, la composante danse n'existait pas encore : il s'agissait plus d'un art de combattre.

La Capoeira devint danse parce que cette pratique était considérée comme hautement illégale. Quand les négriers comprirent que les esclaves avaient développé un art martial d'une grande efficacité, ils l'interdirent immédiatement. Les réprimandes étaient sévères. Les esclaves pris à pratiquer la Capoeira étaient tout simplement tués sur-le-champ ou encore gravement mutilés au point qu'ils étaient physiquement inaptes à poursuivre cette pratique.

Les réprimandes étaient sévères.
Les esclaves pris à pratiquer la Capoeira étaient tout simplement tués sur-le-champ ou encore gravement mutilés au point qu'ils étaient physiquement inaptes à poursuivre cette pratique.

La musique dans la Capoeira

Pour garder cet art vivant, les esclaves ajoutèrent de la musique et des chants aux séances d'entraînement.

En ce sens, la Capoeira s'assimila à un phénomène culturel à base de danse et de musique.

Ainsi, les esclaves pouvaient s'entraîner sous le nez de leurs oppresseurs sans craindre leur réprimande : les "maîtres" portugais voyaient dans cette activité une innocente brincadeira de Angola (amusement, plaisanterie), l'Angola étant la principale région d'origine des esclaves.

Bien au contraire, le jôgo (le jeu) était pour les esclaves une lutte masquée sous une forme de danse, une arme tant physique que culturelle. La musique était aussi une forme de communication. Certain rythmes joués au berimbau, l'instrument principal de la capoeira, pouvaient prévenir les participants que leurs maîtres venaient dans leur direction et donc qu'ils devaient utiliser des mouvements plus souples, plus proches de la danse que du combat.

La répression de la Capoeira

Pourtant, à partir du XVIIème siècle, certains esclaves se rebellent et se rassemblent dans des cachettes presque institutionnelles appelées "Quilombos". Le "Quilombo dos Palmares" (réunissant près de 30.000 fugitifs) situé vers les terres d'Alagoas est le plus célèbre d'entre eux.

Ses leaders, le Roi Ganza Zumba et le Général Zumbi (photo ci-contre) contribuèrent de façon importante à développer la popularité de la capoeira. Tout comme les autres, le clan de Zumbi finit par être écrasé (par le Capitaine Domingo George Velho), et son chef tué en 1678.
L'appellation "capoeiragem" apparaît vers 1780 pour décrire les "exercices de lutte et de dextérité corporelle" pratiqués par les gens de couleur, par la police de Rio. L'autorité que ces pratiques inquiètent, persécute les adeptes de la Capoeira.

L'origine de ce mot, répandu par le bouche à oreille, semble provenir de "Caa-Apuera" terme indien qui signifie "Ile à herbe rasée".

Les indiens Guarani pouvaient en effet assister à la Roda des esclaves qui pour pratiquer leur art à l'abris des regards des maîtres, se réunissaient sur une île à herbe haute qu'ils avaient coupé sur la surface de jeu.

La déportation de nombreux capoeiristes marquera le début d'une répression féroce vis à vis des adeptes de la capoeira. Malgré cela, cet art persiste, et au XIXème siècle, la capoeira se joue dans les centres urbains tels que Rio de Janeiro, Recife, et Salvador.

Les capoeiristes sont organisés en bandes (maltas) et prennent une part active dans les "jeux de pouvoir politiques". C'est une lutte violente, d'où ne sont pas exclus rasoirs, lames d'acier et couteaux de tucum (bois de palmier très dur).

En marge de la société, ils trouvent néanmoins des compromis avec les autorités en agissant en hommes de main, et s'engagent même politiquement (ex : pendant la bataille de Paraná qui opposait le Brésil au Paraguay). On enverra d'ailleurs de force de nombreux capoeiristes mourir dans la guerre qui opposa le Brésil et le Paraguay (1865-1870) sous le règne de l'Empereur Pierre II (la bataille de Paraná). Mais tout ceci a donné une bien mauvaise image de la Capoeira à l'époque.

1888 est l'année de l'abolition de l'esclavage par la Princesse Isabel du Portugal et la loi "Aurea" (13 mai) et le Brésil se proclame République en 1890.
Mais la répression envers les pratiquants de la Capoeira n'en est pas moins forte (une loi de 1887 interdit la Capoeira), bien au contraire, toutes les pratiques et traditions à connotation africaine sont combattues, particulièrement par le Maréchal Deodoro Da Fonseca. Se sont donc des centaines de personnes qui sont envoyées au bagne.

C'est pourtant vers cette époque qu'apparaissent les premiers instruments liés à la Capoeira, qui permettaient, lorsque les patrouilles de police arrivaient de transformer le jeu en spectacle théâtral

 

La Capoeira hors-la-loi

Une fois l'esclavage aboli, la capoeira n'était plus nécessaire pour lier les esclaves entre eux.

Son utilisation commença à dégénérer en une sorte de combats de rue. La plupart des combats se faisaient désormais avec des lames de rasoirs, l'arme préférée des criminels de petite envergure.

Une lame de rasoir bien affûtée ou un couteau était tenu entre le premier et le second doigt de pied, le manche s'étendant le long de la plante du pied. Les coups de pieds devinrent alors plus importants et plus subtils puisque, avec une arme, le moindre coup pouvait être mortel.

Les "gangsters" capoeiristes de ce temps ne sortaient jamais sans trois objets essentiels : une écharpe de soie, des chaussures à semelle de bois et un rasoir.

L'écharpe était utilisée pour immobiliser le membre qui tenait le rasoir et les chaussures portées à la main servaient à parer les coups de rasoir de l'adversaire.

Les combats de rue étaient généralement sanglants, et avaient pour objectif le contrôle d'un quartier criminel.

 

De nos jours

L'art martial fût ramené du fin fond des abîmes vers le public dans les années 1930 par le légendaire Mestre Bimba (photo ci-contre). Bimba se chargea d'ouvrir la première académie légale en 1932, académie qui fût reconnue par le gouvernement Brésilien en 1937, quand un groupe de diplomates étrangers vit une démonstration exécutée par Bimba et ses étudiants. Ils firent l'éloge de cette expression culturelle, qu'ils qualifièrent d'Afro-Brésilienne.

A partir de là, le gouvernement brésilien devint moins sévère dans sa persécution de la capoeira et sa réhabilitation pouvait commencer. Comme le public commençait à apprécier l'art, Bimba travailla pour lui donner une structure et pour développer une méthode d'enseignement adaptée.

En combinant la Capoeira traditionnelle avec le Batuque (lutte de pêcheurs), il créa un nouveau style plus aérien, plus athlétique, influencé par les arts martiaux asiatiques, voire la boxe.

Il élabora une pédagogie basée sur des "séquences", des enchaînements, encore d'actualité.

Ceci devint donc la "capoeira de Bimba" appelée "Capoeira Regionale", pour la distinguer de la "capoeira traditionnelle" autrement appelée "Capoeira Angola" (à cette époque, Mestre Pastinha se pose en gardien de la traditionnelle Capoeira de Angola et ouvrira sa propre académie en 1941).

Un classement par cordes fût établi et l'accent était plus mis sur le sport et l'exercice que sur le combat lui-même, même si les séances d'entraînement pouvaient toujours être violentes.

L'art de la capoeira devint très esthétique, emplis de grâce, ce dont les Brésiliens pouvaient à nouveau être fiers. Les premiers championnats ont lieu dans les années soixante-dix. La Capoeira Régionale comme la Capoeira Angola vont conquérir tout le Brésil et toutes ses couches sociales, puis elles s'exporteront aux Etats-Unis, et en Europe un peu plus tard.

Aujourd'hui la Capoeira, qu'elle soit Angola ou Régionale, est pratiquée dans de nombreux pays.

Elle est enseignée aussi bien dans les écoles de danse et de théâtre que dans les universités et les écoles militaires